Je me souviens bien des vendanges de mon enfance, mon père tenait ses vignes de ses grands-parents.
Ces journées là étaient partagées avec des amis du village voisin, mon oncle, sa
femme et mes 2 cousins. C'était un façon pour eux, qui venaient de la ville, de se sentir
médocains. Nos parcelles de vignes étaient à peine plus grandes qu'un mouchoir de poche
mais la récolte était assez abondante pour fournir en vin toute la famille en attendant la
récolte suivante. Il régnait une grande effervescence durant la semaine
précédent la vendange.
Mes parents avaient une double activité et ce n'était qu'après la débauche qu'ils plongeaient dans l'univers du vin. Il fallait tout préparer, faire de la place dans le chai, nettoyer la cuve, les barriques, sortir la charrette, y installer le douil et l'égrenoir mécanique en bois, vérifier l'état des paniers, des sécateurs, etc.. Pendant ce temps, ma mère s'occupait du menu, des achats, vérifait la vaisselle, les chaises, la table de vendange. Ce n'est qu'après le casse croûte du matin que les vendangeurs d'un jour, sécateurs à la main, commençaient enfin la vendange. Dans les règes chacun avait sa place, adultes comme enfants, juste deux porteurs pour la petite troupe. Ma place était sur la charrette, du haut de mes 9 ans j'étais responsable du premier pressage. Nous étions fiers de ce petit vin de Listrac, un mélange de Merlot,Cabernet et Français, ce dernier cépage n'est plus cultivé de nos jours.
Le repas du midi était toujours très attendu, fastueux mais simple. Le menu traditionnel se
composait d'un apéritif, pastis ou vin de pêche que ma mère confectionnait chaque
été, ensuite, le bouillon de pot au feu aux vermicelles, avant les dernières
cuillerées, les hommes y versaient un peu de vin et faisaient chabrot, coutume bien ancrée
dans le Médoc. Le repas continuait avec une entrée, le pot au feu accompagnait d'une
mayonnaise maison, la salade avec le fromage croûte- rouge, et enfin le gâteau de riz dont ma
mère avait le secret, café et une petite eau de prune pour la digestion. Recette du vin de
pêche de ma mère : Pour 1 litre de vin rouge,100 feuilles de pêcher de vigne,30 morceaux
de sucre, demi verre d'alcool 90 ou 1 verre eau de vie. Remuer de temps à autre, laisser
macérer 3 jours, davantage pour un goût plus prononcé de noyau. Peut-être
déguster de suite. Le Médoc recèle de richesses gastronomiques, les cèpes, les
girolles, bidaous, trompette de la mort,l'entrecôte grillée aux sarments de vigne, le grenier
médocain, ou encore, l'alose, le mulet, les crevettes blanches, le millas et bien d'autres choses.
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